Hâte-toi Marie, Hâte-toi !!!

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c’est ainsi que débutent toujours mes journées, depuis mes 16 ans et ma nouvelle charge. Il faut toujours se hâter dès l’aube, et rentrer fourbue le soir à la nuit noire. Je ne prends jamais le grand escalier, mais je rentre par les portes de derrière afin que personne ne me voie.

Je dois être discrète, une ombre au milieu de toutes ces belles gens : silencieuse, effacée, transparente. Les dames et leurs beaux atours, des étoffes somptueuses, des souliers décorés de satin. Je les vois déambuler dans la journée, car je me cache parfois pour les observer. Dans les appartements, les marchands circulent avec leurs lourdes charges de tissus chatoyants, dentelles et nœuds de toutes sortes.

Je rêve parfois, d’avoir un jour, moi aussi une robe de fête. Pas celles que l’on nous donne pour servir aux festins, non une vraie robe comme toutes ces belles comtesses ou princesses. Elles sont tellement magnifiques avec leurs chapeaux à plumes, leurs robes en soie et leurs belles coiffures. Un des marchands, une fois s’est égaré dans les couloirs et m’a adressé la parole pour se diriger. Je l’ai guidé, lorgnant sur ces splendeurs qu’il emmenait avec lui. Voyant mon regard, il m’a autorisé à toucher ces matières magnifiques. C’était tellement doux, léger, aérien et toutes ces couleurs qui se mélangeaient. Un bel arc en ciel là juste sous mes mains. C’est un de mes plus beaux souvenirs à ce jour.

Mais je dois me hâter vers la porte dérobée, et me glisser dans les appartements de Madame, car son réveil est proche,et il me faudra mettre de l’ordre rapidement, changer les fleurs et ranger sa commode. Ses brosses, ses onguents, j’ose à peine les toucher tellement c’est extraordinaire et tellement cela sent bon. Sa vie à elle est faite de festivités, de diners somptueux, de spectacles et de parties de cartes jusque tard dans la nuit.

Elle vivra longtemps, à l’abri de tout souci, uniquement préoccupée de plaisirs, de mets succulents et sucrés et de champagne à profusion. La mienne est faite de labeur, sans aucune trêve, mais j’ai la chance de travailler dans la plus belle demeure de France.

Hâte-toi Marie, hâte toi, couvre tes épaules de ton châle, car septembre est frais au château de Versailles.

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